Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France

Pour donner quelques grands repères cinématographiques, voici quelques extraits de films importants pour comprendre les circonvolutions des mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France, pays vaincu dès 1940 et pays collaborateur au-delà des attentes de l’occupant.

1956 : Alain Resnais propose les premières images des camps de concentration. C’est un documentaire court, une oeuvre de commande du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, créé par l’Etat en 1951 et dirigé par l’historien Henri Michel.

Le mot “juif” n’est prononcé qu’une fois et le documentaire ne distingue pas camp de concentration et camp d’extermination, formant nos premières images des camps dans cette indétermination. Ce film incarne la vision résistancialiste de la Guerre après 1945.

1969 : Le film-documentaire de Max Ophuls, Le Chagrin et la Pitié, qui dresse le portrait de Clermont-Ferrand pendant la guerre, entre 1940 et 1944 : une ville française comme tant d’autres sous l’Occupation. Il ne sort sur les écrans de cinéma que deux ans plus tard en 1971, dans une petite salle du quartier Latin. Il fallut attendre 1981 pour que les Français le découvrent à la télévision.

Le film montre des images d’archives mais surtout des interviews et dresse un autre tableau de la France résistante… Il y est peu question du Général de Gaulle, on y découvre un châtelain fasciné par le nazisme et des paysans bien seuls qui résistent à leur manière.

Voici en particulier un extrait sur l’absence de succès de l’appel du 18 juin 1940 et l’entretien du collaborateur De la Mazière, membre de la division Charlemagne (de la Waffen SS). Son témoignage l’a discrédité dans les années 1970, mais il manifeste d’une bonne conscience française encore avant cette date.

La même année sortait cette fois sans problème sur les écrans le remarquable film de Jean-Pierre Melville L’Armée des Ombres.

L’image du résistant en sort considérablement distordue. Ancien résistant gaulliste, Melville a porté ce film en lui vingt-cinq ans durant et n’a pu le réaliser qu’à la fin de sa carrière. C’est un regard démythifiant et grave à la fois qu’il porte sur la Résistance et ses hommes de l’ombre. Il montre un quotidien soumis à une tension permanente, où chacun doit se cacher attendre, guetter, fuir, et cela sans mot dire ou presque. Cette forme extrême d’engagement tend au cauchemar. Elle exige de se salir les mains (l’exécution des traîtres) et surtout de se battre constamment avec soi-même, avec ses doutes, sa lâcheté, sa peur. Source : www.cineclubdecaen.com/realisat/melville/armeedesombres

1974 : Louis Malle écrit le premier film sur la collaboration française pendant l’Occupation allemande. Ce film de fiction s’appelle Lacombe, Lucien.

1983 : Jean-Marie Poiré tourne Papy fait de la résistance qui tourne en dérision les films sur la résistance.

1996 : Jacques Audiard montre sur les écrans son film Un héros très discret.

1997 : Claude Berri diffuse le film Lucie Aubrac, en hommage à la résistance française.

Le héros est un anti-héros : il s’invente un passé de résistant tant il a honte de n’avoir rien fait pendant la guerre.

2002 : Monsieur Batignolle

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