Les totalitarismes

La notion de “totalitarisme” n’est pas évidente à expliquer. Il faut d’abord rappeler qu’on la doit à une philosophe, née en Allemagne mais qui a fuit son pays pour s’installer aux Etats-Unis où elle a obtenu sa naturalisation dans les années 1960. La notion de “totalitarisme” est forgée à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Elle se distingue essentiellement de celle de dictature.

Pour Hannah Arendt, le régime totalitaire est à la fois radicalement neuf et non sans exemple. Cependant, elle refuse d’en faire une forme moderne de la tyrannie , c’est-à-dire un régime sans lois où le pouvoir est monopolisé par un seul. Pour elle, le régime totalitaire “a fait éclater l’alternative même sur laquelle reposaient toutes les définitions de l’essence des régimes dans la philosophie politique : l’alternative entre régime sans lois et régime soumis à des lois, entre pouvoir légitime et pouvoir arbitraire”.

Elle décrit donc ainsi la spécificité du pouvoir totalitaire :

“Telle est la prétention monstrueuse, et pourtant, apparemment sans réplique, du régime totalitaire que, loin d’être « sans lois », il remonte aux sources de l’autorité, d’où les lois positives ont reçu leur plus haute légitimité ; loin d’être arbitraire, il est plus qu’aucun autre avant lui, soumis à ces forces surhumaines ; loin d’exercer le pouvoir au profit d’un seul homme, il est tout à fait prêt à sacrifier les intérêts vitaux immédiats de quiconque à l’accomplissement de ce qu’il prétend être la loi de l’Histoire ou celle de la Nature.”

Source : Hannah Arendt, Le Système totalitaire, Seuil, Paris, 1972, pp. 204-205.

On peut partir de ce court texte de Raymond Aron pour essayer de mieux faire saisir ce que les historiens peuvent comprendre et tirer de l’analyse de philosophes. Dans le texte suivant, on peut trouver une sorte de feuille de route et d’étude :

“Il me semble que les cinq éléments principaux sont les suivants :

1. Le phénomène totalitaire intervient dans un régime qui accorde à un parti le monopole de l’activité politique.

2. Le parti monopolistique est animé ou armé d’une idéologie à laquelle il confère une autorité absolue et qui, par suite, devient la vérité officielle de l’État.

3. Pour répandre cette vérité officielle, l’État se réserve à son tour un double monopole, le monopole des moyens de force et celui des moyens de persuasion. L’ensemble des moyens de communication, radio, télévision, presse, est dirigé, commandé par l’État et ceux qui le représentent.

4. La plupart des activités économiques et professionnelles sont soumises à l’État et deviennent, d’une certaine façon, partie de l’État lui-même. Comme l’État est inséparable de son idéologie, la plupart des activités économiques et professionnelles sont colorées par la vérité officielle.

5. Tout étant désormais activité d’État et toute activité étant soumise à l’idéologie, une faute commise dans une activité économique ou professionnelle est simultanément une faute idéologique. D’où, au point d’arrivée, une politisation, une transfiguration idéologique de toutes les fautes possibles des individus et, en conclusion, une terreur à la fois policière et idéologique. (…) Le phénomène est parfait lorsque tous ces éléments sont réunis et pleinement accomplis.”

R. ARON, Démocratie et Totalitarisme, Folio Essais, Gallimard, 1965.

Prenons maintenant un cas pratique : celui du nazisme. On peut rappeler que ce mot de “nazisme” vient du nom du parti qui est à l’origine du totalitarisme à étudié : national-socialisme.

Selon Raymond Aron, il faut d’abord comprendre comment un parti devient monopolistique, c’est-à-dire unique. Le cas allemand est intéressant, car à l’origine le NSDAP est un minuscule parti de Bavière, centré à Munich.

Ce documentaire rappelle les circonstances et le contexte général : il faut insister sur la fin de la Première Guerre mondiale, mal vécue en Allemagne et sur la crise économique.

On peut aussi ajouter différents ingrédients qui ont permis de créer un parti de masse :

- l’adoption d’un drapeau et d’un emblème de ralliement : le drapeau à fond rouge, à cercle blanc et à croix gammée (ou a svastika).

-  l’uniforme des chemises brunes

-  l’achat d’un journal : le Volkischer Beobachter

- La création d’une milice armée : la SA

Sur le diaporama suivant, on peut observer l’évolution du parti entre 1920 et 1933. La montée du parti nazi

Selon Raymond Aron, la seconde clé à comprendre est le rôle de l’idéologie. Ici, la question est très compliquée au niveau historique. Sur le documentaire suivant, qui dure un peu moins de 20 minutes, on découvre les difficultés à étudier le rôle du grand livre idéologique du nazisme : Mein Kampf. On y trouve des questions très importantes pour l’historien : qu’est-ce que ce livre et surtout a-t-il été lu ? comment ? par qui ?

Le troisième point porte sur la propagande et l’encadrement des foules. On peut partir du visionnage de cet extrait du film Le Triomphe de la volonté (en allemand Triumph des Willens), un film de propagande allemand en noir et blanc de Leni Riefenstahl, réalisé en 1935.

Le film ne contient aucune narration explicative, les images parlent d’elles-mêmes en plus des discours filmés.

Riefenstahl utilise le langage cinématographique pour glorifier et mythifier le sujet : contre-plongées héroïques, reaction-shot nombreux de soldats, la foule, travellings circulaires lors des discours et très grands plans lors de parades.

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